24 avril 2025
🪐 Dogme is the new méthode

(republication LinkedIn)
Je vois souvent passer des posts qui me mettent mal à l’aise. Pas parce qu’ils sont toxiques, mais parce qu’ils sont présentés comme des évidences :
- Quitter le salariat pour le freelancing, c’est LA voie.
- Faire un SaaS avec une seule feature, c’est LE bon MVP.
- Si tu ne fais pas de DDD, TDD, BDD ou autre xDD, t’es clairement à la ramasse.
Ce que j’y lis en creux, c’est : "Tu devrais faire pareil." Et si tu ne fais pas pareil, alors peut-être que tu fais mal. Ou pas assez. Ou pas assez bien.
🔍 Méthode vs méthodologie : l’amalgame qui fait mal
On confond souvent les deux. Une méthode, c’est une manière de faire. Une méthodologie, c’est une réflexion sur la manière de faire.
Dire qu’il faut appliquer telle ou telle méthode sans contexte, sans recul, c’est souvent utiliser des outils complexes comme des totems rassurants. C’est confondre recette et cuisine, vernis et matière.
➡️ Ce n’est pas parce que tu maîtrises le jargon que tu maîtrises le sujet (et la réciproque est vraie).
🧪 Retour d’expérience ≠ vérité universelle
Ton SaaS à 30K MRR en 6 mois, c’est peut-être vrai. C’est même peut-être génial. Mais ce n’est pas une preuve, ni une norme, ni une méthode. C’est un retour d’expérience. Un cas particulier.
Témoigner n’est pas le problème — c’est humain, utile, inspirant. Le problème, c’est quand on prétend qu’un chemin personnel devient une carte pour les autres — parfois même une carte qu’on cherche à vendre comme méthode.
➡️ Un témoignage, c’est un miroir. Pas une boussole.
🎭 La tyrannie du modèle qui marche
Certains discours deviennent dominants, non pas parce qu’ils sont justes, mais parce qu’ils sont cliquables — ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils soient faux ou inintéressants. Le freelancing, le remote, les MVPs mono-feature… Ce sont des contextes déguisés en vérités.
➡️ Il y a mille manières de construire. Mille manières d’apprendre. Mille manières d’échouer aussi. Mais ça, on le dit moins. Parce que ça vend moins.
🤡 Je ne sais pas ce qu’est le DDD, et je le vis très bien
Je le dis sans gêne : je ne sais pas ce qu’est exactement le DDD. Et je ne me sens pas en retard pour autant.
Si demain j’en ai besoin, je me renseignerai, comme tout le monde. Et ce sera très bien. Mais d’ici là, j’accepte de ne pas tout connaître. De ne pas tout appliquer.
Parce que je doute que ce soit « l’anneau unique » qui gouverne tous les projets. Comme beaucoup de méthodes, c’est peut-être juste l’écume d’une solution. Une couche brillante mais fine.
➡️ L’écume est séduisante, elle attire. Mais elle ne te nourrit pas — et je ne parle pas seulement de pièces sonnantes et trébuchantes.
🧾 La normalisation : entre bonne idée et mauvaise pratique
J’ai un jour fait des études pour devenir qualiticien. Les normes, les procédures, les modes opératoires, je connais un peu. Ce sont des supports utiles. Mais j’ai une tendance à me méfier quand ces documents prennent une vie propre — là où ils n’étaient censés qu’apporter un cadre, dans un contexte donné.
Ils sont utiles pour transmettre des savoir-faire, des bonnes pratiques… mais ça reste à adapter au contexte. Et qu’il soit technique ou organisationnel, le copier-coller est le plus souvent une mauvaise idée. On peut d’ailleurs noter que pour un même organisme, le contexte étant souvent mouvant, tout ce qui vise à le cadrer doit pouvoir évoluer avec lui — sous peine de rendre l’organisme inadapté à son propre contexte.
➡️ Un cadre n’est pas une cage. Et une norme n’est pas une vérité.
🕊️ Une invitation à la retenue
Je ne cherche pas à discréditer les choix des autres. Je ne cherche pas non plus à proposer une autre vérité.
Je cherche juste à faire de la place pour le doute. Le questionnement. Le pas de côté.
En vérité, ce que je souhaite trouver dans les posts sur LinkedIn, ce sont des titres plus rigolos, moins faussement catastrophistes, du contenu authentique, sans provocation inutile, sans ton moralisateur.
C'est d’ailleurs paradoxal : les quelques auteurs avec qui j’ai pu échanger, ou que j’ai vus en live, ne semblent pas adopter la même posture que dans leurs publications. Il y a là une forme de dissonance, me semble-t-il.
Pourquoi cette course à l’hystérisation ? Je sais pourquoi. Mais je me demande, sincèrement, si on ne gagnerait pas à lever le pied, collectivement.
Juste un peu.